Proton : Andy Yen n’exclut pas un navigateur d’ici dix ans et juge une messagerie rivale de Signal inévitable
Dans un entretien à Clubic, le fondateur de Proton ne confirme aucun navigateur, mais refuse de l’écarter sur la décennie. Pour la messagerie, il parle d’une étape inévitable, sans date.

En bref
- Une offre d’emploi d’ingénieur Chromium a relancé cet été l’hypothèse d’un navigateur Proton.
- Andy Yen refuse de dire « non » à un navigateur sur la prochaine décennie.
- Le patron de Proton juge la bataille des standards ouverts du web déjà perdue.
- Une messagerie concurrente de Signal arrivera selon lui, sans date ni forme annoncées.
Plus Proton ajoute de produits, plus ses propres utilisateurs l’accusent de copier le géant qu’il prétend combattre. Son fondateur, Andy Yen, ne nie pas le malaise mais retourne l’argument : selon lui, rester petit serait la voie la plus sûre vers l’échec. C’est la ligne qu’il a tenue dans un long entretien publié le 11 octobre 2026 par Clubic.
Un navigateur ni confirmé ni écarté
L’étincelle est venue d’une annonce de recrutement. Cet été, Proton cherchait un ingénieur spécialiste de Chromium, et la communauté y a aussitôt vu le signe d’un navigateur maison. Andy Yen tempère : l’entreprise mène beaucoup de projets liés au web, et embaucher un expert des navigateurs ne prouve pas qu’elle en conçoit un. Il se garde pourtant de démentir franchement, expliquant qu’un tel produit pourrait voir le jour au cours des dix prochaines années.
Le choix de Chromium, moteur piloté par Google, n’effraie pas le dirigeant. À ses yeux, ce que l’on reproche à ce socle tient avant tout à son propriétaire.
« Si on retire Google de l’équation, c’est en réalité du très bon code. »
Andy Yen, fondateur et patron de Proton
Il se dit peu inquiet, car de nombreux éditeurs bâtissent déjà sur Chromium. Si Google venait à le rendre inexploitable pour les autres, une communauté se mobiliserait selon lui pour rendre possible une version dérivée. Son constat sur les standards ouverts est en revanche sans appel : la partie est perdue. Google, Apple, un peu Microsoft et, loin derrière, Amazon tiennent le W3C et son écosystème, Google en tête. Financer des projets alternatifs au nom de la diversité reviendrait, dit-il, à « pissing into the fire », l’équivalent anglais de pisser dans un violon, sans effet pour l’instant.

La mission défendue contre le reproche de dispersion
Proton avait déjà répondu cet été, dans une vidéo publiée sur son blog, aux critiques qui le jugent éparpillé. Andy Yen persiste : « Les convictions, la mission et les valeurs sont restées les mêmes. » Il ajoute que le basculement de l’entreprise vers une structure à but non lucratif, ces dernières années, a même consolidé cet engagement.
L’argument le plus inattendu concerne ses propres préférences. Le dirigeant affirme qu’il aimerait avoir moins de produits. Gérer une douzaine d’offres pèse sur les équipes, car la complexité croît de façon exponentielle avec la taille de l’écosystème. Mais limité à deux ou trois services, Proton échouerait probablement, estime-t-il, et ne constituerait pas une alternative crédible au capitalisme de surveillance des Big Tech américaines.
Le pari des écosystèmes, face à Microsoft et Google
Le raisonnement tient en une phrase : « Notre pari est le suivant : je ne pense pas que ce soient les produits individuels qui gagnent, mais les écosystèmes. » Concrètement, Proton Workspace vise Microsoft 365 et Google Workspace. Pour qu’une entreprise change de fournisseur, l’offre doit être équivalente brique par brique. D’où le lancement de Proton Meet, pensé pour égaler Teams, qui embarque lui-même une messagerie instantanée.
Les prochains chantiers et ce que réclament les utilisateurs
Cette logique mène tout droit aux attentes encore ouvertes :
- Une messagerie face à Signal : Proton le fera un jour, sans calendrier ni modalités annoncées. Andy Yen veut au moins exceller sur un point mieux que tous les concurrents. « On finira par tout faire, c’est juste une question de calendrier et de timing. »
- Une réaction attendue : il anticipe l’agacement de la communauté face à ce nouveau projet, qui demandera mûre réflexion le moment venu. « Mais c’est inévitable si l’on suit la logique de la voie que nous avons choisie. »
- Les contacts : d’après son analyse des échanges sur Reddit, un tiers des utilisateurs réclame une application dédiée, les deux autres tiers une synchronisation dans les deux sens entre Proton Contacts et le carnet du téléphone.
Photo à la une. Source : Pexels. Photographe : Stefan Coders. Licence Pexels.
