Nikon réexamine sa vidéo de cils primée, soupçonnée d’IA
Un doctorant a soumis la séquence à Gemini, qui y a repéré un marquage de Google. Le lauréat assure n’avoir utilisé l’IA que pour colorer des structures.

À ce stade, rien ne permet d’affirmer que la vidéo de cils respiratoires primée par Nikon a été entièrement fabriquée par une IA. Des chercheurs contestent pourtant ce qu’ils voient à l’écran, et le constructeur a rouvert l’examen de la séquence.
En bref
- Des chercheurs contestent pourtant ce qu’ils voient à l’écran, et le constructeur a rouvert l’examen de la séquence.
- Les avis divergent sur la place acceptable de l’IA en visualisation.
- Selon TechRadar, Nikon prévoyait de tenir la communauté Small World informée la semaine suivant sa déclaration.
Une vidéo primée, une règle claire
Depuis seize ans, Nikon Instruments organise le concours Small World in Motion, consacré aux plus belles vidéos tournées avec un microscope optique. À la mi-septembre, la première place est revenue à Ning Xu. Selon Clubic, ce film, réalisé en microscopie à super-résolution diffractive, observe les cils respiratoires d’un enfant souffrant de dyskinésie ciliaire primitive, une maladie génétique rare. Dans cette pathologie, les cils battent de manière anormale, ce qui gêne l’évacuation du mucus hors des bronches et favorise les infections répétées.
D’après TechRadar, les images ont été tournées à un grossissement 100x. Le règlement du concours écarte les vidéos générées par intelligence artificielle. Or Ning Xu a reconnu avoir fait appel à un modèle d’IA une fois le tournage terminé. La discussion porte donc sur une frontière précise : où s’arrête la retouche d’une image scientifique, où commence sa fabrication ?
Ce que les chercheurs ont repéré à l’écran
Quelques jours après l’annonce des résultats, plusieurs spécialistes ont examiné la vidéo de près sur les réseaux sociaux. Edward Phelps, de l’université de Floride, où il est professeur associé en bio-ingénierie, a d’abord signalé des formes violettes sous les cils. Il y voit l’aspect de mitochondries, tout en soulignant qu’aucune structure de ce type n’existe sous l’épithélium dans le vivant. Selon lui, ces formes surgissent puis s’effacent d’une image à la suivante, et des cils verts apparaissent sans origine visible, avec une taille qui ne correspond pas à celle que l’on connaît.
Nikon n’avait pas détaillé, dans sa présentation, ce que représentaient ces zones colorées. Edward Phelps a donc réclamé des comptes : selon lui, Nikon doit une explication aux spécialistes de la microscopie. D’autres critiques avancent que le dessin des cils ne reflète pas des comportements documentés et que certaines structures semblent démesurées.
Les avis divergent sur la place acceptable de l’IA en visualisation. Biologiste du développement à l’université du Queensland, en Australie, Melanie White juge possible que certaines structures soient produites par l’IA sans exister dans les données de microscopie. Elle insiste sur la nécessité de pouvoir vérifier que chaque élément visible découle bien des données mesurées. Pour Markus Sauer, spécialiste de la super-résolution à Wurtzbourg, en Allemagne, l’IA ne devient un problème que lorsqu’elle déforme ou exagère des résultats expérimentaux.

Le filigrane SynthID et la défense du lauréat
Nikon a précisé le 22 septembre, dans un message du blog du concours, que le lauréat s’était aidé d’un modèle d’IA dit « non supervisé » pour le post-traitement. De son côté, Ian Donovan, doctorant à l’UT Southwestern Medical Center, a fait analyser la vidéo par Gemini et affirme y avoir détecté un marquage SynthID, signe d’un contenu produit ou retouché par une IA. Google appose ce marquage sur les contenus que ses modèles créent ou modifient, et chacun peut en chercher la trace depuis l’application Gemini.
Le lauréat conteste toute infraction au règlement. Sur LinkedIn, il assure que ni la séquence filmée en laboratoire, ni les cils, ni leurs battements n’ont été créés par une IA. Selon lui, le modèle est intervenu après coup, sur les données reconstruites en niveaux de gris, afin de différencier et de colorer des structures de morphologie voisine. Il visait un meilleur rendu visuel et n’affirme rien sur l’anatomie des éléments colorés.
À ses yeux, mesure et visualisation ont chacune leur place. Il précise que les deux sont acceptables tant que l’on distingue clairement l’une de l’autre.
Où en est le réexamen de Nikon
Le constructeur affirme reprendre avec soin les éléments reçus lors du contrôle initial, auxquels s’ajoutent des pièces complémentaires fournies par le lauréat. Celui-ci a remis une description technique détaillée de son microscope et de ses méthodes de traitement. Aucune conclusion n’a été publiée à ce jour.
- Nikon couronne la vidéo de cils respiratoires.
- Nikon mentionne sur son blog l’emploi d’un modèle d’IA « non supervisé » par le lauréat lors du post-traitement.
- Les commentaires LinkedIn de Ning Xu sont introuvables et son profil a disparu.
Selon TechRadar, Nikon prévoyait de tenir la communauté Small World informée la semaine suivant sa déclaration.
Photo à la une. Source : Wikimedia Commons, Eye_macro.jpg. Photographe : Micky Zlimen. Licence : CC BY-SA 2.0.
