Un SMS de livraison à 2 € peut coûter plus de 8 000 € à une cliente parisienne
Un test mené par Clubic montre qu’après le clic, la page réclame vos coordonnées puis une petite somme par carte, avant l’appel d’un faux conseiller bancaire.

En bref
- Le faux SMS de livraison se repère à quatre signaux : numéro mobile, urgence, lien déformé et contexte opportun.
- La page imite un transporteur et réclame environ 2 € de frais, alors que reprogrammer une livraison est gratuit.
- Les informations saisies servent ensuite à un faux conseiller bancaire qui fait valider un paiement.
- Opposition, signalement et plainte restent possibles après un clic ou une saisie.
La rédaction de Clubic a ouvert le lien d’un faux SMS de livraison sur un smartphone réservé aux essais, en y saisissant de fausses données et en documentant chaque étape. Le montant réclamé ne sert que d’appât pour récupérer vos informations personnelles.
Quatre signaux qui trahissent le message
Dans le test de Clubic, quatre détails doivent alerter :
- l’expéditeur est un numéro de mobile en 06 ou 07, pas le nom d’un transporteur ;
- l’urgence : ton pressé, livraison « en attente », colis bientôt renvoyé ;
- l’adresse du lien ressemble à celle du transporteur, mais elle contient un trait d’union ou un terme superflu ;
- le moment : le SMS arrive sans commande de votre part, ou pile pendant l’attente d’un colis.
Le site Cybermalveillance.gouv.fr, dont la fiche a été actualisée fin août, décrit une version plus crédible de l’arnaque : une image truquée du colis qui affiche le nom du destinataire, et parfois même un faux message vocal censé venir du « livreur ».
Après le clic : une copie soignée, puis la demande de carte
Lors de la vague d’escroqueries que le ministère de l’Intérieur a signalée l’année dernière, le lien conduisait vers un site imitant celui de Mondial Relay, avec le logo, les couleurs, un faux numéro de suivi et un captcha. Seule l’adresse du site révélait la tromperie, sur le modèle « mondialrelay-relayeur ».
Le cadenas affiché près de l’adresse prouve uniquement que la connexion est chiffrée, et nullement que le site soit honnête. De plus, dès l’ouverture de la page, le site reçoit votre adresse IP, qui informe sur l’opérateur et sur la localisation approximative, ainsi que des données sur le téléphone, avant même que vous ne saisissiez quoi que ce soit.
Le formulaire exige ensuite nom, adresse, téléphone et e-mail, puis un règlement d’environ 2 € par carte bancaire, présenté comme des « frais de réexpédition ». Or les transporteurs ne font rien payer pour replanifier une livraison. Une fois le formulaire envoyé, aucun colis n’arrive, et les 2 € ne sont fréquemment pas prélevés : le but est de collecter les informations que vous avez entrées.
Le faux conseiller, étape la plus coûteuse
Ces informations servent pour la suite. Un faux conseiller, qui connaît votre nom et votre banque, vous guide pour « valider une opposition » dans l’application, alors qu’en réalité vous autorisez un paiement. Une Parisienne, cliente d’une banque, a ainsi perdu plus de 8 000 € à la suite d’un faux SMS Chronopost qui exigeait 1,46 €. Elle n’a obtenu son remboursement qu’après trois ans de procédure, tandis que d’autres victimes, estimées « négligentes », n’ont rien récupéré.
Les réflexes avant et après le piège
Avant de cliquer, maintenez votre doigt appuyé sur le lien afin de voir l’adresse véritable. Si un colis est réellement attendu, tapez vous-même votre numéro de suivi directement sur le site officiel du transporteur.
Si le piège s’est refermé, procédez dans cet ordre :
- Faites opposition auprès de votre banque.
- Signalez les débits sur Perceval.
- Déposez plainte et conservez les preuves.
- Envoyez le SMS en le transférant au 33700 (service gratuit), puis effacez-le.
Certaines campagnes diffusent aussi une fausse mise à jour de Chrome sur Android, qui installe un logiciel malveillant. Pour obtenir de l’aide, vous pouvez appeler Info Escroqueries, dont le numéro gratuit est le 0 805 805 817.
Photo : RDNE Stock project / Pexels
